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Les Gaulois sont de retour… ?

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Il nous a semblé que l’article du professeur Kruta, archéologue et historien, professeur émérite à l’École pratique des Hautes Études, article publié dans le bulletin des Amis des Etudes Celtiques* n° 59 (juin 2012), était à la fois un utile rappel de l’origine des mots et de leur usage, ainsi qu’un point de vue utile sur l’occultation de « celte » au profit de « gaulois ». Nous le remercions de nous avoir confié ces lignes.

Vous êtes désormais nombreux à vous étonner de voir, de manière quasi systématique, le nom des Celtes remplacé par celui de Gaulois. Il s’agit d’une particularité toute française qui mérite un bref commentaire.

Pour les auteurs de l’Antiquité, ces deux noms étaient synonymes et employés sans aucun lien de parenté avec la géographie. Ils désignaient un ensemble de peuples qui parlaient des langues qui se ressemblaient –  évidemment sans la distinction moderne entre les langues brittoniques, dont fait partie le gaulois, et gaéliques – et apparaissaient aux yeux de leurs voisins méridionaux comme unis par des coutumes et croyances communes, à première vue très différentes de celles du monde gréco-italique.

Le premier attesté est celui des Celtes, utilisé au plus tard à partir du VIe siècle avant J.-C. Le nom de Gaulois figure pour la première fois, sous la forme de Galeis, associé au premier triomphe de Camille, en 358 av. J.-C. sa forme grecque, Galatai, apparaît chez les auteurs surtout à partir du début du IIIe siècle et du choc que constitua l’expédition de Brennos et la menace qu’il fit peser sur le sanctuaire de Delphes.

L’utilisation de ces noms pour désigner un espace géographique était tout aussi variable. Ainsi l’historien Polybe emploie vers, le milieu du IIe siècle avant J.-C., aussi bien le nom de Galatia que celui de Keltia pour désigner la Gaule cisalpine, partie centre-occidentale de l’Italie septentrionale.

Pour César, le territoire de la Gaule, devenue province transalpine, est divisé en trois parties dont « l’une est habitée par les Belges, l’autre par les Aquitains, la troisième par le peuple qui, dans sa langue, se nomme Celte et dans la nôtre Gaulois » (Guerre des Gaules, I, 1).

L’usage moderne a établi des distinctions que ne connaissent pas les Anciens. Le nom de Celtes, le premier à avoir été employé et le plus général, est le seul à être utilisé lorsqu’il est question de population anciennes et extérieures à l’espace géographique des Gaules cisalpine et transalpine où il peut être employé concurremment avec le nom de Gaulois. Toutefois, à la différence de Joseph Déchelette (1862-1914) qui emploie dans le titre de son Manuel l’adjectif « celtique » pour la période antérieure à la Conquête, soulignant ainsi l’existence d’une parenté culturelle qu’il avait observée depuis l’Atlantique jusqu’aux Karpates, certains auteurs continuèrent encore pendant l’entre-deux-guerres à désigner comme Gaulois des populations de l’âge du fer même du cœur de l’Europe. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Quant à l’association du nom des Celtes et de l’adjectif qui en dérive pour désigner les représentants de la famille linguistique, elle remonte au XVIIe siècle où le savant gallois Edward Llhuyd, auteur de la première étude comparée des langues celtiques, l’introduisit avec cette signification.

Il est cependant aujourd’hui évident que la parenté de la langue ne constitue pas le seul trait commun aux anciennes populations celtiques : on reconnaît les mêmes fondements religieux, présents non seulement dans les textes qui perpétuent au Moyen Âge un héritage probablement millénaire, mais également dans des images qui expriment pendant de longs siècles les mêmes idées d’une extrémité à l’autre de l’Europe.

Nous ne sommes plus dans les dernières décennies du XIXe siècle, où le Gaulois avait été érigé en représentant d’une France humiliée par la défaite de 1871 : c’était le bon Barbare, ouvert aux bienfaits de la civilisation romaine, opposé au Germain, le Barbare destructeur d’Outre-Rhin… L’identification de la France à la Gaule et des lointains ancêtres des Français aux Gaulois, historiquement inexacte, devenait alors un instrument de propagande. Apparemment efficace, puisqu’il refait surface aujourd’hui sous prétexte d’expliquer à des générations qui ne savent plus grand chose ni des Celtes ni des Gaulois, que les Gaulois de jadis ne sont pas ceux d’aujourd’hui et que nous en savons plus sur le sujet que nos arrière-grands-parents. Belle victoire sur un passé révolu, mais grande confusion engendrée dans les esprits !

Mais est-il vraiment nécessaire de refaire tout le chemin parcouru depuis Déchelette, au péril de redonner aux mots une signification « nationale ». N’est-il pas ridicule de voir nos Gaulois rebaptisés Celtes de l’autre côté de la frontière ?

Vive les Gaulois, mais en temps et en lieu approprié !

Le poids des mots dépasse souvent les intentions de ceux qui les utilisent.

Venceslas Kruta

*L’Association Les Amis des Études Celtiques  a vu le jour à la suite du IXe Congrès International d’Etudes Celtiques à Paris en 1991. L’association, dont le siège est à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, à la Sorbonne, regroupe des universitaires, des chercheurs et des amateurs éclairés. Ils s’attachent à diffuser, avec la collaboration de savants français et étrangers, les résultats de recherches scientifiques portant sur la connaissance des peuples celtiques de l’Antiquité au Moyen-âge. Les activités de l’Association s’inscrivent dans le cadre de l’année universitaire avec publication d’un bulletin de liaison, organisation de conférences (en langue française) et de voyages.

https://sites.google.com/a/etudesceltiques.com/aec

 

Pour compléter, rappelons que le Musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye a ouvert en mars 2012 une « aile gauloise », soit cinq salles au premier étage du château. Mille trois cent cinquante objets, dont plus d’un tiers jamais exposés y racontent, dans des salles entièrement rénovées, la vie quotidienne de « nos ancêtres les Gaulois » jusqu’à la dernière grande bataille de Vercingétorix et des tribus gauloises à Alésia. www.musee-archeologienationale.fr

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